Les stars voilées de la « mode islamique »

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Des influenceuses voilées sont désormais très populaires sur les réseaux sociaux, où elles déterminent les tendances de la « mode islamique ».

Habiba Da Silva, la plus populaire des fashionistas voilées

La « mode islamique » s’est développée de manière spectaculaire ces dernières années, au sein du courant plus général de la « mode pudique » (modest fashion). Ce phénomène s’insère dans une forme de mondialisation de la pratique islamique, qui génère elle-même des marchés très porteurs dans la consommation de biens halal, dans la finance dite « islamique », ou même dans l’industrie du divertissement. Les multinationales de la beauté féminine ne s’y sont pas trompées en contribuant à la promotion d’influenceuses déterminantes dans ce secteur. Le parcours des cinq fashionistas voilées les plus populaires sur les réseaux sociaux est à cet égard éclairant.

LIFELONG PERCUSSION, 866.000 ABONNES (SUR INSTAGRAM)

La Britannique Habiba Da Silva est née en 1994 à Birmingham d’un père brésilien et d’une mère libanaise. Tentée un moment par la poésie, elle lance dès 2016 une ligne de hijabs intitulée « Skin » (Peau) pour correspondre aux différentes carnations de ses futures clientes. Cette initiative est bien accueillie dans la communauté musulmane d’origine africaine. Femme d’affaires avisée, Habiba Da Silva prend le surnom de « Lifelong Percussion » sur les réseaux sociaux où elle affirme: « Etre soi-même dans un monde où chacun veut policer ce que vous portez, ce que vous faites ou ce que vous dites n’est pas facile, mais j’ai toujours voulu vivre selon mon coeur et sans crainte, car porter le hijab ne m’interdit pas de mener une vie britannique normale ». Ses tutoriels/tutos de maquillage sont particulièrement suivis.

WITHLOVE LEENA, 776.000 ABONNES

La Texane Leena Asad, née en 1994 d’un père palestinien et d’une mère américaine, est la seule femme voilée de sa famille. Elle a choisi de porter le hijab durant le premier mois de Ramadan qui a suivi sa sortie du lycée, et après une longue période de préparation de son « esprit » et de sa « garde-robe ». Aujourd’hui infirmière, elle s’affiche volontiers sur les réseaux sociaux avec son époux Omar, célèbrant ainsi leur lune de miel de 2017 aux Maldives. Elle revendique son intérêt pour la diététique et sa pratique régulière du sport en salles. Ce profil très américain de femme active a assuré à son compte « With love, Leena » une popularité croissante. Outre les promotions de vêtements, d’accessoires et de maquillage, cette adepte des tons pastel s’est lancée dans le conseil en décoration d’intérieur, afin que salons et chambres soient, selon elle, dignes d’un « hôtel de luxe ».

AMENA KHAN, 633.000 ABONNES

La Britannique Amena Khan, née à Leicester en 1983, fut une des pionnières de la « mode pudique » sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui mère de deux enfants, elle lancé sa propre marque, « Pearl Daisy », où la vente de hijabs en neuf couleurs différentes (dont le violet) s’accompagne de tutoriels en ligne sur la plus élégante façon de les porter (une réduction de 20% est pratiquée sur tous les produits durant Ramadan). Elle a inventé le concept du hoojab, soit le hijab à capuche (hood), et elle en a développé avec succès une ligne commerciale. Khan, même si elle ne porte le voile que depuis une dizaine d’années, dit combattre le stéréotype des « femmes musulmanes opprimées » et prétend que « la beauté peut faire la différence ». Son contrat de 2018 avec L’Oréal est cependant rompu au bout d’une semaine, du fait de la révélation de tweets très critiques d’Israël qu’elle avait diffusés lors de la guerre de 2014 contre Gaza.

ZUKREAT NASAR, 590.000 ABONNES

Elle aussi britannique, née en 1980, Zukreat Nasar a commencé à poster des vidéos sur Youtube dès 2011, avec un total cumulé de plus de 36 millions de vues. Mère de deux enfants, elle se présente comme une mumpreneur, une mère-femme d’entreprise, et sa ligne de cosmétiques, « Artist of Make Up », prospère dans ses différentes déclinaisons (les cours de maquillage sont ainsi facturés 2500 livres, soit quelque 2800 euros). Nasar met souvent en avant son époux Mohammed Ali, qui anime son propre site de conseils diététiques et de remise en forme.

SALIMA ALIANI, 515.000 ABONNES

Cette Française, née à Troyes en 1992, s’est formée en maquillant ses amies et connaissances à l’occasion de leurs noces. Elle est lancée par sa sélection en 2015 à un concours de L’Oréal Paris, partenaire du festival de Cannes, où elle est adoubée par Eva Longoria et Leila Bekhti, deux des égéries de la marque. S’ensuit le développement d’une chaîne Youtube (« Salima le vaut bien »), où elle n’hésite pas à se mettre en scène, entre deux éclats de rire, avec son mari (et père de leur petit Yassir). Ses tutos turbans font désormais référence dans le monde virtuel de la « mode pudique ». Un commentaire parmi d’autres sur son compte Instagram (« Ouuaaa truc de fou subhanaAllah mdrr ») illustre chez ses fans l’hybridation des registres propres à l’Islam (subhanaAllah/gloire à Dieu) et aux réseaux sociaux (mdrr/mort de rire).

Il est frappant qu’aucune Musulmane vivant dans un pays majoritairement musulman n’accède aux cinq premières places des fashionistas voilées (l’Egyptienne Soha MT a 439.000 abonnés sur Instagram, mais elle vit dans la « bulle » globalisée qu’est Dubaï). L’enjeu de l’accès à l’espace public se pose en effet bien différemment dans les sociétés occidentales. La très dévoilée Miss Bagdad, Tara Fares, dont les abonnés se chiffraient par millions sur les réseaux sociaux, l’a sans doute payé de sa vie en étant assassinée en plein jour, dans la capitale irakienne, à l’automne dernier.

Source: lemonde.fr

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